Identification d'une météorite trouvée au sol

 Les météorites sont des objets rares. 71 seulement ont été identifiées sur toute la France (à mi 2019) et ceci durant les 5 derniers siècles ! Les confusions sont légion avec des déchets de fonderie, des éclats d’obus, des concrétions minérales tels que marcassites, oxydes de fer, basaltes, etc. (Voir exemples ci-dessous). Attention donc à tout ce que vous pouvez trouver de frauduleux à la vente sur certains sites de petites annonces !...

Pour se donner des chances de trouver une authentique météorite, mieux vaut arpenter l’un des grands déserts de la planète. Une pierre brune sur un sol clair y sera vite repérée, et aura plus de chance d’être d’origine extra-terrestre. C’est ce que font les dizaines de chasseurs de météorites des 4 continents depuis quelques décennies. Le couvert forestier ne se prête pas aux trouvailles et il accélère la destruction des météorites.

Dans tous les cas, et je le répète depuis à peu près 1993, une trouvaille suspecte, même prometteuse, ne pourra être confirmée comme étant une météorite qu’après une analyse rigoureuse auprès d’un laboratoire spécialisé dans l’étude de ces pierres.

Toutefois, avec énormément de chance, il n’est pas complètement impossible de tomber sur une pépite dans nos contrées. Posez-vous alors ces quelques questions avant d’entamer une démarche auprès d’un labo :

La pierre a-t-elle une croûte de fusion ?
Une météorite fraichement tombée est généralement recouverte tout ou partie d’une mince pellicule lisse, le plus souvent noire, reliquat de sa fusion superficielle lors de sa traversée atmosphérique (voir exemple ci-dessous). Elle peut être craquelée et receler des « empreintes de pouce » (regmaglyptes).

Est-elle lourde pour sa taille ?
Beaucoup de météorites sont plus denses que les roches habituelles de la croûte terrestre à cause de leur teneur en métal. Seules les achondrites (8 % d’entre elles) font exception.

Y distingue-t-on du métal ?
Certaines météorites sont entièrement constituées de fer-nickel (les sidérites) et donc très lourdes. Elles sont assez rares et résistent bien dans la durée à leur séjour sur le sol de notre planète. Mais la majorité des météorites (+85 %, appelées chondrites) en contiennent sous forme de grains de l'ordre du millimètre disséminés dans leur matrice pierreuse
(seules les rares achondrites sont dépourvues de fer-nickel). La présence de métal rend les chondrites très sensibles à l'humidité. Cette oxydation par suite du séjour terrestre peut très vite aller jusqu'à disloquer la météorite et la rendre méconnaissable (voir exemple ci-dessous). Ce qu'il faut retenir, c'est que les grains métalliques se manifestent par une aimantation que l’on peut déceler avec une simple boussole (l’aiguille sera déviée si on fait passer la pierre à proximité). On s’abstiendra si possible d’utiliser un aimant ordinaire pour ne pas perturber les propriétés magnétiques d’une météorite "potentielle".

Attention toutefois : une pierre qui attire l'aimant n'en fait pas une météorite ! Mais cela élimine déjà beaucoup de minéraux et concrétions tout à fait terrestres, ou de fabrication humaine...

A-t-elle des bulles ?
Il est extrêmement rare pour une météorite de présenter des vésicules. C'est au contraire une caractéristique des scories terrestres. Les météorites sont à plus de 99,9% très compactes.

Exemple d'un morceau de météorite de type chondrite (magnétique) dont le fer s'est oxydé, provoquant sa fragmentation :

Exemple d'une chondrite (magnétique), avec sa croûte de fusion fraîche présentant quelques cassures :

Exemples typiques de minéraux et artefacts terrestres (non magnétiques) confondus avec une météorite par le profane :

Autres nodules de fer terrestres (non magnétiques) portant à confusion :

Détail de la structure interne d'un sulfure de fer terrestre (non magnétique) :

Dans tous les cas, n'hésitez pas à prendre contact avec des professionnels pour un avis. Vous pouvez en rencontrer sur les plus grosses bourses aux minéraux. Ils y présentent leurs trésors célestes ! Vous pouvez aussi essayer de contacter des collectionneurs tels que moi. Il y en a une petite centaine en France. Ils pourront déjà vous donner un avis et vous orienter le cas échéant.  

 

 

LIBRAIRIE EN FRANCAIS SUR LE THEME DES METEORITES :

Je vous conseille le magnifique livre ci-dessous, très complet, afin de tout savoir sur les météorites françaises. D'autres ouvrages spécialisés sur le thème des météorites se trouvent facilement en librairie ou sur internet. N'hésitez pas à les consulter pour vous familiariser avec ces pierres tombées du ciel.

L’histoire qui me touche de très près : la pseudo météorite de « La Cadière ».

Entre 1999 et 2001, j’ai parfois prospecté dans les parcelles de vigne autour des villages de La Cadière et du Castellet, dans le Var. En effet, j’étais accompagné dans ces occasions par un (ex) collègue, Laurent, un peu plus jeune que moi, passionné de détection, et qui me prêtait un détecteur de métaux lorsque je venais dans la région pour y voir des parents, et que j'avais du temps libre.

Nous trouvions un peu de tout, des monnaies de toutes les époques, et parfois même romaines. En effet, de nombreux restes de villas romaines sont connus dans ce secteur.

Il faut savoir que mon partenaire avait commencé peu de temps auparavant à s’intéresser aux météorites, et, fréquentant quelques bourses dans le sud de la France pour y acheter des fossiles, il avait récemment acquis auprès d'un marocain un petit lot de chondrites ordinaires non classées pour quelques centaines de francs. Nous devions d'ailleurs aller chez lui prochainement, à La Ciotât, afin que je puisse les voir pour les identifier formellement. Et j'en aurais profité pour voir toutes ses (soit disant) magnifiques trouvailles archéologiques dont il me parlait.

Un jour légèrement pluvieux de l'été 2001 où nous étions ensemble au bas du village de La Cadière dans une parcelle de vigne (pas très loin du Moulin de St Côme), il m’interpella, comme nous le faisions souvent, pour me dire qu’il venait de trouver quelque chose de suspect. Cette fois, une sorte de "météorite" ! Sur le coup, j’ai été très sceptique, mais en prenant l’objet quelques instants plus tard dans mes mains, et en le nettoyant un peu, je fus immédiatement pris d’un doute.

"Mais où as-tu trouvé ça ?"

"Là !... Là, à l'instant, posé en surface", m'indiquant du doigt une vague trace sur le sol un peu humide.

Inspectant la pierre, et voyant que je commençais à être tout excité, il me proposa, si ça me faisait plaisir, de la garder. Elle ne l’intéressait pas plus que ça. Après avoir vérifié à plusieurs reprises qu’il ne voulait pas la conserver, je mis la pierre de la taille d'une noix dans un mouchoir en papier, bien à l’abri dans une de mes poches.

Une fois de retour à mon domicile de l’époque, j'ai dû débarasser la pierre de la terre qui la recouvrait partiellement. Elle n’était pas du tout magnétique. Toutefois, à cause de certains critères extérieurs (forme + patine de surface), et suite à l’avis de plusieurs collectionneurs de la région rencontrés dans les semaines suivantes, j’ai tout de même décidé de l’envoyer à PARIS pour analyses afin d’en avoir le cœur net. En parallèle, et sans attendre les résultats, profitant du beau temps, j'ai multiplié les déplacement durant quelques jours sur le lieu précis de la "trouvaille" afin de tenter de mettre à jour d'autres spécimens. La terre étant régulièrement retournée par les engins agricoles, trouver en quelques heures une autre pierre dans ces hectares de vigne ne serait pas une mince affaire, j'en étais conscient. Mais je tentais ma chance. Si c'était bien une météorite, ça en valait vraiment le coup ! D'autant que mon collègue de prospection pourrait lui aussi bientôt en partager la gloire, ayant découvert lui-même la première pierre ! Quelle surprise ça serait pour lui !

Mais rapidement, il apparu un problème pour le labo. De minuscules inclusions minérales avaient été détectées (carbonates), mais qui n’avaient en réalité rien à faire dans les micros fissures d’un caillou trouvé dans le Var puisque ces minéraux se rencontrent… au Sahara !!

Je ne comprenais pas du tout ce que révélaient ces analyses émanant de PARIS. Et j’essayais durant plusieurs jours de les interpréter avec mes interlocuteurs. Mais il y avait un problème.

Très vite, le rendez-vous fixé, je partis interroger mon collègue de prospection qui finit par perdre ses moyens devant la situation que je lui présentais. A cet instant, j'eu la confirmation que je venais de faire l’objet d’une stupide plaisanterie. Evidemment, il n’avait pas imaginé une seule seconde que j’allais mettre en œuvre tout cela pour une petite pierre qui n’était même pas magnétique ! (Il avait dû lui-même le vérifier, car je lui avais dit que la majorité des météorites attiraient l'aimant).

Quelques semaines plus tard, après de plus fines analyses, il s’avéra finalement que le caillou de moins de 50 grammes était terrestre, bien qu’il fût acheté par le plaisantin à un marocain sur une bourse aux minéraux comme étant une météorite... Son origine était bien le désert du Sahara. Et non "La Cadière" ! Sa patine de surface, familière, mais trompeuse, m'avait aussi induit en erreur, déclenchant en moi l'espoir d'avoir reconnu une nouvelle météorite française (même si ce n'était pas moi qui avait mis le nez dessus au sol), et dans ce cas, une achondrite ! Et s'il s'agissait d'une chute multiple, j'aurais pu finir par trouver d'autres spécimens sur place, peut-être plus gros, allez savoir ! C'était trop beau !... Mais le rêve venait de s'effondrer.

Evidemment, mon ex-collègue de prospection n’est plus du tout mon collègue. Après cette dernière conversation qui fut un peu virulente de ma part, nous ne nous sommes jamais revus. Et en ce qui me concerne, la leçon prise en cette année 2001 a été bonne, bien que très très difficile à avaler !! Surtout pour mon amour propre... Il n'est jamais agréable de se faire berner de la sorte.