N.W.A. : abbréviation de North West Africa

La manne des météorites Sahariennes ! Mais jusqu'à quand ?

Depuis l’Antiquité, l’homme s’est toujours posé des questions sur ces objets qui viennent de l’espace et qui finissent leur course sur le sol terrestre. L’histoire des météorites dans le monde est liée aux observation décrites par les hommes au fil des millénaires, témoins béat de ces cailloux tombant "littéralement du ciel". Toutefois, ça n’a commencé à réellement susciter l’intérêt des scientifiques qu’à partir du début du 19ème siècle.

Alors, où peut-on trouver ces objets qui semblent à la fois rares et abondants, tout particulièrement dans les grands déserts chauds tel que l'immense Sahara ?

Dès les années 1980, des découvertes plus fréquentes de météorites dans les déserts secs ou chauds, par exemple en Arabie Saoudite, au Oman, en Arizona, en Atacama, mais aussi au Maroc, en Mauritanie ou en Algérie, ont déclenché une véritable chasse à ces pierres de plus en plus prisées. Jusqu’à devenir l’objet d’un commerce très juteux pouvant atteindre aujourd'hui (2020) des millions d’euros. Cela a ouvert la porte dès le début du 3ème millénaire à une activité prenant les allures d’un nouveau trafic dans certains pays, dont l'Afrique du Nord Ouest.

L’affaire devient d’autant plus sensible qu’il s'agit maintenant de réseaux spécialisés et bien organisés, se cachant derrière le tourisme, et permettant malheureusement de brader un trésor national pour n’enrichir que très peu de monde en réalité. Oui, il s’agit bien d’un trésor, car nous parlons là de pierres exceptionnelles dont l’origine céleste fait rêver beaucoup de monde ! Les scientifiques, bien sûr, mais pas que. Des dizaines de milliers d'amateurs passionnés par le cosmos se sont mis à les collectionner ! Et l'affection qu'ils leur portent est sans aucune mesure.

Des cailloux exceptionnels tombés du ciel !

Tout d’abord, petit rappel sur le phénomène « météorite ».

De tout temps, nous l'avons dit, les milieux scientifiques ont été incrédules, considérant les récits de chute de pierres comme des affabulations. Ceci jusqu’à ce que la documentation sur des pluies de météorites soient suffisamment étayée pour convaincre la communauté scientifique du début du 19ème siècle que le phénomène observé était bel et bien une réalité (pour mieux connaître cet épisode historique, voir l'onglet "Zoom : L'Aigle").

Toutes les météorites ont erré entre les planètes pour finir un jour par croiser la Terre, traverser son atmosphère à une vitesse incroyable, parfois en se fragmentant, et finir au sol pour y être recueillies. Ce sont donc pour certaines des témoins très anciens de la naissance tourmentée du système solaire, pour d’autres, des fragments de surface de planètes. D’où leur importance scientifique. Et c'est peu de le dire quand on comprend qu'il s'agit de la seule matière capable de nous renseigner avec un luxe de détails sur comment notre histoire a débuté, il y a de cela 4,567 milliards d'années...

Il est bien sûr établi que les météorites tombent sur terre de manière aléatoire. Elles peuvent donc se trouver un peu partout à sa surface. Les deux tiers tombent dans les océans. D’autres, dans les zones forestières et humides. Du coup, comme nous l'avons vu, ce sont les grandes étendues telles que le Sahara qui en contiennent un nombre plus important à dénicher. On a découvert dans le Sahara des zones abritant des centaines de météorites, comme à Reg Açfer ou Aguemour, au nord du Hoggar. D’autres secteurs très riches en trouvailles sont connus, tels que celui de Tanezrouft ou d’El Atchane et d’El Djouf. Mais alors, pourquoi une telle concentration ? Et bien, il faut pour cela cumuler au moins deux critères. Tout d'abord, une région avec peu de gens susceptibles d’avoir pu y ramasser la moindre pierre au fil du temps. Mais surtout, surtout, un caractère très aride du lieu durant des millénaires, ce qui aura eu pour effet de ralentir l’altération de toutes les pierres tombées au sol durant la période. Sinon, les météorites vont se disloquer après quelques siècles tout au plus, rongées par l'humidité. A noter que dans les déserts, l'absence de végétation et un sol clair facilitent d'autant le repérage de cailloux noirs.

Ramasseur de météorites, un métier !

Alors, qui sont ces personnes qui ramassent ces roches pour ensuite les vendre ? On utilise le terme de « chasseur de météorites » pour ceux qui parcourent les déserts et trouvent ces cailloux noirs. Souvent, ce sont des scientifiques, des collectionneurs amateurs, ou bien des nomades. Les marchands professionnels aussi se mettent à en chercher. Ces chasseurs fortunés utilisent souvent des détecteurs de métaux surpuissants, car beaucoup de classes de météorites contiennent du fer métallique. Ils utilisent aussi des techniques modernes alliant une évaluation optimale de la géologie et de la topologie du terrain.

Au gré de leur pérégrination à travers ces vastes étendues, les nomades remarquent et recueillent parfois des objets au sol se distinguant du contexte géologique. Il arrive qu'il s’agisse de météorites.

Les raisons de cet engouement pour ces pierres du ciel résident à la fois dans leur immense valeur scientifique, mais aussi dans les sommes d’argent qu’elles peuvent rapporter à ces populations souvent très pauvre. La naissance d'internet au début des années 2000 avec des sites web qui proposaient l’achat ou la vente de ces objets célestes n’est donc pas quelque chose d’étrange. Il y a un marché ! De véritables réseaux d’intermédiaires organisés ont vu le jour à travers toute la planète pour répondre à la demande sans cesse croissante des milliers de collectionneurs. Il s’agit bel et bien depuis plus de 3 décennies d’un commerce de plus en plus prospère !

Une fortune insoupçonnée

Outre les 30 ou 40.000 collectionneurs de par le monde (estimation 2020), ce sont aussi des chercheurs en planétologie qui en ont besoin pour mieux comprendre le système solaire, la Terre et le reste de l’Univers. Il y a même de grands Musées qui sont derrière certaines chasses à la météorite. Malheureusement pour ceux qui les recueillent, notamment les nomades, ils n’ont souvent pas idée que certaines des pierres qu’ils ont trouvé et qu’ils refilent à des collectionneurs ou des intermédiaires à un prix dérisoire, valent sur le marché 10, 100 et parfois même 1000 fois la somme qui leur est versée.

Parmi les pierres les plus chères, il y a celles qui lors de l'analyse en laboratoire confirme une origine lunaire, martienne, ou mieux, un type nouveau, encore inconnu dans la classification. Le prix peut alors atteindre des centaines, voire des milliers d’euros le gramme. Quand on réalise que pour obtenir 380 kilos de sol lunaire lors des missions Apollo, il a fallu monter un projet qui a coûté dans les années 1960 une somme faramineuse se comptant en milliards de dollars, et que des missions robotisées vers Mars pour recueillir quelques grammes de roche n’ont même pas encore été programmées tant elles sont complexes et coûteuses, on imagine mal quelle devrait être leur valeur réelle sur le marché.

Certains pays du Maghreb comme l'Algérie interdisent déjà l'exportation des météorites trouvées sur leur sol. D'autres commencent juste à réaliser que leur désert se vide de cette richesse, et des scientifiques locaux montent au créneau pour que les autorités prennent des mesures afin d’arrêter cette hémorragie. Mais le mal est fait. Des dizaines de milliers de pierres sont aujourd’hui bien souvent à l'abri des regards dans les collections aux 4 coins de la planète, faisant le bonheur de leurs heureux possesseurs.

Bien que l’origine Saharienne et non classée d’un grand nombre de météorites qui circulent aujourd’hui sur le marché en fasse une sorte de « tout venant » sans intérêt et à bas prix, celles-ci n’en restent pas moins ultra précieuses, même si elles sont qualifiées de « chondrites ordinaires ». Elles sont des fragments d’astéroïdes, matériau fossile primordial, vagabondant dans le système solaire depuis 4,56 milliards d’années ! Ce n’est pas rien ! Alors, ne nous trompons pas sur le réel trésor que représente cette manne ! Contrairement à ce que l'on pense, ce n'est pas demain la veille que des hommes vont quitter le système Terre/Lune et sillonner le système solaire. Il va falloir nous contenter encore très, très longtemps de ce que le ciel nous fait tomber sur la tête !

Issues du Sahara, la complexité pour les nommer

Pour les météorites qui sortent du Sahara et qui sont ensuite classées dans les laboratoires du monde entier, il leur est très souvent donné le nom de "NWA", suivi d'un numéro d'ordre. Par exemple NWA 2975. Ceci est dû au fait que dans le désert il n'y a pas beaucoup de lieu possédant un nom, contrairement aux villes et villages de nos contrées. De plus, il est parfois impossible de savoir où précisément la pierre a été découverte. Le Sahara, c'est très grand... "North West Africa" reste donc le mieux que l'on puisse leur attribuer... Une fois classée, on peut alors trouver sur internet une masse d'information sur leur composition et leur type. A contrario, si elles ne sont pas classées, on les appelle simplement des "NWA" en raison de leur origine Saharienne. C'est le cas pour une grande majorité des "chondrites ordinaires", trop nombreuses pour faire l'objet d'une analyse systématique (plus de 80% des trouvailles).

Dans la classification, il existe aussi ce que l'on appelle les appariées (paired, en anglais). Ce sont des fragments retrouvées après coup sur un même point de chute. Ils sont identiques à la première pierre ayant été trouvée, analysée puis classée. Ces nouvelles trouvailles envoyées au labo prennent à leur tour un nom de baptême NWA, suivi d'un nouveau numéro d'ordre. Elles deviennent alors des appariées de la toute première pierre qui avait été analysée et classée. Pour des types très rares telles que les lunaires et les martiennes, c'est assez courant dans les collections de trouver des appariées. En effet, lorsque par exemple une météorite d'un type très rare est analysée et classée, si le lieu de la trouvaille est connu avec précision, les chasseurs de météorites retournent souvent sur place dans l'espoir de retrouver d'autres fragments. Ils ratissent alors la zone, mètre carré par mètre carré, afin de trouver, ne serait-ce que des fragments ne pesant pas plus d'un demi gramme ! Et très souvent, après des jours ou des semaines de travail méticuleux, quitte à utiliser un tamis, ils y arrivent !! C'est une tâche gigantesque, un véritable exploit ! Mais la rareté de certains spécimens méritent cet acharnement. Certaines météorites uniques qui ont été découvertes comptent moins d'un kilo de matériel. Moins de 1000 grammes disponibles pour les labos, les musées et tout le marché des collectionneurs !... Bref, cette matière peut être plus rare que tout ce que l'on connait déjà de rare sur Terre !

Bravo à ces ramasseurs de poussières célestes ! Grâce à eux, nos collections prospèrent !

Chondrite ordinaire N.W.A. de 12 Kg (page 18) :

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