Toutes les météorites sont précieuses !

Chondrite carbonée CM2 de 14,8 grammes :

Tout comme ses cousines Allende et Murchison, il s’agit d’une météorite de type carbonée, ce qui en fait la précieuse mémoire des conditions physico-chimiques complexes qui régnaient dans la nébuleuse proto-solaire.

En effet, les données recueillies dans les entrailles de ces météorites semblent aujourd’hui compatibles avec l'hypothèse d'une supernova ayant déclenché l'effondrement d'un petit nuage moléculaire il y a plus de 4,57 milliards d'années. Et c’est de là que tout a commencé pour notre système solaire.

Mais avant d’en arriver à valider ces conclusions, puis à s’exposer dans nos vitrines, les météorites issues du Sahara doivent d’abord parcourir un long périple sur notre propre planète. Et ça a bien sûr été le cas pour cette jolie et rare petite « chondrite carbonée CM2 » de 14,8 grammes qui fut découverte vers 2017.

Après avoir lu et entendu tant d'histoires, voilà un des scénarios possibles d'une époque où les météorites circulaient encore librement au Maroc... (Lire aussi l'onglet "Zoom : météorites NWA").

Avec leur véhicule parfois vétuste, certains marocains tentent leur chance dans le Sud. Ils partent avec tout l’argent liquide qu’ils possèdent dans l’espoir de conclure l’affaire du siècle. Sur plus d’un millier de kilomètres, ils empruntent des routes poussiéreuses, parfois celles des anciens trafiquants d’épices. Ces aventuriers traversent d’immenses zones inhabitées, puis les ergs afin de tenter de rejoindre des nomades. Ces derniers parcourent le désert algérien ou Mauritanien avec leur troupeau, et parfois trouvent de véritables pépites. Désormais aguerris par le fait que ces pierres ont une valeur marchande, ces bergers gardent d’ailleurs souvent précieusement à l’intérieur de leur manteau les cailloux qu’ils estiment les plus précieux.

Ce jour-là, un de ces négociants en quête de fortune s’arrête pour discuter et tenter sa chance auprès d’un groupe qui semble avoir déniché quelques spécimens. Renseignement pris, personne rafflant les éventuels trésors n’est passé avant lui depuis leur sortie du désert. Il a donc toutes ses chances de conclure une affaire avec ces nomades s'il y a quelque chose d'intéressant à acheter.

Parmi les pierres sans grand intérêt, l’une d’elle sort du lot. Au soleil, le caillou reste noir comme du charbon, avec de minuscules inclusions grisâtres. On devine encore sa croûte de fusion par endroit. C’est une météorite, c’est sûr. Pourtant, le berger qui l’a découverte ne saura jamais ce que c’est vraiment. Pour le savoir, il lui faudrait la montrer à un vrai connaisseur, et quelqu’un d’honnête. Ou alors faire une classification. Mais pour cela, il faudrait envoyer un échantillon dans un laboratoire, aux Etats-Unis, en Europe ou dans une grande Université. Seuls les riches marchands le font depuis la ville. Une fois reconnue, elle peut être ensuite revendue au juste prix, souvent découpée en tranches afin d’en maximiser le profit. Mais ici dans le désert, loin de tout, quelle valeur donner à ce caillou noir d’une quinzaine de grammes ?

Le berger va donc le brader et le céder à notre aventurier pour quelques maigres billets, avec un lot d’autres pierres plus ordinaires trouvées par ses acolytes, toutes suspectées d’être bien d’origine céleste. C’est ainsi. Et c’est grâce à cette méconnaissance que certains depuis des décennies se sont enrichis.

D’autres au contraire ont tout perdu, car ils n’ont pas eu le nez et ont acheté à prix d’or des cailloux qui n’étaient pas extraterrestres… Ou des météorites dites "chondrites ordinaires", à un prix bien au-delà de leur valeur sur le marché internationnal. Ou encore parce que leur véhicule les a abandonné en cours de route, et qu'ils se sont retrouvés perdus au milieu de nulle part. Ou pour je ne sais quelle autre dramatique raison. La chasse à la météorite est tout sauf facile.

Notre aventurier a eu de la chance jusqu’au bout sur ce coup. Après avoir rencontré plusieurs groupes de nomades et multiplié les achats, il parvient à rejoindre sans encombre l’un de ses contacts en ville qui lui donne en cash 2 fois tout ce qu’il a dépensé depuis son départ. Il s'adresse là à un vrai connaisseur en météorites, collectionneur et négociant, connu et renommé, et qui sait parfaitement les identifier et les monnayer. La fameuse pierre noire d'une quizaine de grammes est immédiatement regardée de près et son type identifié. Dans la foulée, elle est mise sur le marché mondial grâce à internet avec un tout nouveau prix, beaucoup plus élevé cette fois. Très vite, elle trouve néanmoins preneur auprès d'un autre marchand situé à l'autre bout du monde. Puis elle sera achetée par Isabelle POTHIER, collectionneuse française, avant qu'à son tour elle me la cède, son prix restant encore attractif pour cette catégorie rare de météorite.

En ce qui me concerne, je suis en bout de chaine, et je n’achète qu’à des revendeurs ou collectionneurs se trouvant sur le territoire français. J’imagine donc à peine tout ce que cette petite pierre a dû réellement traverser, et quels ont été tous les intermédiaires depuis sa découverte fortuite par un bédouin au beau milieu du Sahara africain, jusqu’à son arrivée dans une de mes vitrines en ce mois de décembre 2020, où elle peut enfin exposer sa beauté céleste, juste pour le plaisir des yeux.

Carbonee cm2 meteorite 14 8 g